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Norma Trosman
Diplômée en Arts Plastiques à l'Ecole des Beaux Art Université Nationale de Cardoba Argentine. Arrivée en France en 1982 Vit et travaille à Paris série "Noir dit voir" Rien dans un roman de série noir n’est dû au hasard. Tout répond à une construction rigoureuse où chaque élément est essentiel au mystère de l’histoire. Le décor, lieu géographique de l’action, l’époque, qui définit l’ambiance où l’auteur campera, avec soin particulier, le profil psychologique des personnages : espions, mafieux, mais aussi gens de la rue « tombés » dans cette aventure. Le héros n’est pas forcément une caricature de voyou. Combien de vieilles dames, grands-mères tricoteuses, seront les cerveaux maléfiques ! Dans toute littérature noire, le moindre détail est porteur de sens. Il en est de même dans la peinture de Norma Trosman, où rien n’est dû au hasard. Chaque ligne, chaque trace, chaque regard participe à la construction de l’œuvre. C’est un univers plus cinématographique que réel. L’imaginaire va au-delà du simple constat objectif, car il permet de jouer avec la réalité des couleurs, de l’espace et du temps. Le titre « série noire » ne peut être mieux choisi, pas seulement pour l’ambiance curieuse de foules surgies d’un film noir et blanc, ni pour les personnages en grisaille tandis que la ville avec ses voitures et ses affiches s’approprie les couleurs, mais surtout parce que tout sert à l’élaboration du mystère. Observez ce personnage dans Les jouets des anges, ce n’est pas ce qu’il regarde qui est important, mais où son regard nous mène, le coin opposé de la toile. Je l’avoue, je vous ai égarés, ces tableaux suscitent une multitude d’hypothèses. Pourtant la seule véritable histoire est une histoire de ponts, de passages, où notre œil circule d’un espace à l’autre de la toile pour son propre plaisir. Le héros n’est pas unique, il peut être tour à tour voyou, gamine, femme du monde ou gros débonnaire. Il y a même des couples, ce qui est bien rare depuis Bonnie and Clyde. Je l’avoue, je vous ai égarés encore une fois, le véritable héros est le tableau. L’anecdote n’existe que pour faire oublier la complexité de la construction de l’œuvre. Son univers est nourri de films noirs, de polars, aux ambiances latinos, nord-américaines ou européennes, à l’image de son parcours. Celui d’un œil non pas déraciné mais ouvert et riche de la diversité du monde. D’où l’imprécision des lieux et des époques, car Norma Trosman aurait pu vivre à Buenos Aires, à New York aussi bien qu’à Paris, mais en ville, toujours. Nous voilà au cœur du sujet : la ville, où tout se passe, où tout est possible, même l’anonymat, la ville dont l’homme est certainement la victime mais aussi le faiseur de son destin. Ville tentaculaire… mais point de symbolisme à la Verhaeren. Ici c’est l’homme qui va vers la ville, qui s’y presse, s’y bouscule, s’y précipite sur les escalators vers nulle part. L’homme pressé et compressé parmi les voitures adulées, et, là-haut, la vache incongrue des campagnes, figée tel un sphinx surveillant ce monde grouillant, qui deviendra triste filet de bœuf en ville. Homme libre, tu chériras la ville… Et puis, plus haut encore, les madones et les anges jouent avec tout ce petit monde. Ils s’amusent de tant d’histoires particulières, de tant de prétentions individuelles. Le suspens ne les atteint pas, il ne fait que les distraire. Pour un peu ils s’ennuieraient. Voilà bien le sens de ces œuvres : une belle mascarade ! Rien de la fierté humaine, rien de son immense ego n’a de crédibilité suffisante pour émouvoir les dieux outre mesure. Je vous le disais, l’histoire, la série noire, elle, lui, le voyou, le costard, la cravate et tout le toutim et tout le berzingue de la vie ne sont qu’images et ont peu d’importance. C’est du cinéma pour grand écran, avec la peinture pour seul et unique prétexte. Entre Norma Trosman et sa toile, c’est toujours une histoire de rapport de forces où s’affrontent deux caractères bien trempés dans des limites précises qui sont des règles strictes. Étonnamment, la liberté passe d’abord par le respect de ces règles. A la différence de l’auteur de série noire, le peintre arrête le temps et condense dans une seule image toute les autres. Impossible sans les solutions inhérentes à la peinture. Et c’est parce que Norma Trosman les connaît si bien qu’elle peut en jouer, les dépasser, et nous promener dans cet univers de foules machistes, parmi ces voitures impossibles, sur ces trottoirs aux pentes abruptes, dans cette ville aux coins de rues aussi dangereux que la peinture… Ce piège dont il serait peut-être temps de se méfier un jour. Bruno Delarue
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