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Nicolas Rozier
L’homme de Rozier
Par Marcel Moreau
1
L’homme de Rozier se tient bien droit. Et pourtant on le dirait atteint aux jambes d’un mal compliqué, sans origine connue, ou connaissable, du moins dans l’immédiat. Il semble émerger d’un support indistinct, peut-être une ornière ancienne, d’avant la première verticalisation du désir de marcher. Il y a du « nomadisme contrarié » dans cette représentation du corps debout, s’élevant au dessus de son chaos.
2
Dans le visage de l’homme de Rozier, je lis un questionnement des racines, craignant par avance toute réponse qui ne serait pas de l’ordre de l’arrachage d’abord, de la dispersion en suite. Il y a dans ce visage, le peu qu’on en voit (mais c’est ce peu qui nous parle) tant il est profond, l’obscure taciturnité d’un projet d’exil. Les yeux regardent passer au loin l’inlassable transhumance des porteurs du Sens, tous courbés, la plupart claudicants.
3
Dans cette œuvre, je trouve un homme se cherchant, à la fracture du visible et des ténèbres, une réapparition acceptable, de préférence carnée, du héros de soi-même. Par exemple, un rescapé inattendu de la folie mythologique, prise désormais dans les glaciations de la raison. En somme un personnage d’au-delà de son temps, fort en altitude parce que vrai en ses gouffres. Un souleveur de plusieurs fois le poids de ses antécédents, ou saints, ou criminels, ou simplement honnêtes laboureurs.
4
Désabusé, l’homme de Rozier jette du lest. Mais c’est comme si le lest revenait à la charge. Il n’est jamais aisé de se débarrasser des encombrements de société. Ils vous suivent à la trace, ils vous tournent autour.
Pour l’artiste, l’époque est lourde de bêtise, de ses idoles, de sa cupidité, de ses débits de poison agrémentés de la joliesse constitutive de l’illusion. Mais Rozier l’artiste est lucide. Certes, il pose son regard, sans l’y river, sur les points de repère en cours de décimation. Ce pendant, il possède aussi cet œil intérieur, réversible et sur pivot, auquel rien n’échappe des promesses convulsives du dépassement de soi : la poigne créatrice, ou recréatrice, de l’instinct de transcendance, fût celle-ci laïque, le serait-elle surtout.
5
L’homme de Rozier est peut-être une démarche amicale de la Peinture, tentée auprès de l’écriture. La peinture demande à l’Ecriture : « Et si toi, avec tes livres, et moi avec mes tableaux, nous nous mettions toutes les deux à parler de ce qui nous libère autant que de ce qui nous écrase ? Certes, il est possible que la philosophie ait encore quelques idées là-dessus…Mais outre qu’elle manque de corps pour les incarner, il semble bien, hélas, qu’elle n’ait plus de couleurs pour les rafraîchir, ni de mots doués d’assez de ressort pour les faire danser…Qu’en penses-tu ? »Je ne sais si l’écriture acquiesce. Probablement que oui. En tous cas, elle hoche la tête. Il n’est donc pas interdit d’envisager un horizon qui se montrerait plus amical envers les tensions désespérées.
6
Je crois que ma vue baisse. Pas exactement : elle se baisse pour mieux distinguer, dans cette œuvre, ce qui lui est résolument, voire irrésolument proche. Et elle l’entrevoit. Dès lors, ma vue peut se relever, sans pour autant se tourner vers les étoiles, se gardant bien d’y chercher une autre explication à ses ultimes curiosités de la vie. Cela fait trop longtemps que j’observe les astres, seraient-ils baveux, dans les entrailles du vivant. On ne me changera plus, sur ce chapitre. Je m’adonne aux abysses comme les astronomes aux constellations. Les lumières obtenues sont différentes. Il m’est devenu inimaginable qu’elles puissent se croiser dans ma psychologie. Quoi, cette psychologie aurait-elle encore vaguement à voir avec la « vieille », ivre, percutante et oscillatoire descente dostoïevskienne dans les tréfonds de l’âme humaine ? Et alors ? Et si cela était ? Pas de quoi s’en affliger, par les temps qui courent, qui courent au totalitarisme robotisant…
Marcel Moreau
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 acrylique sur toile, 100x81 2007
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 acrylique sur toile, 100x70 2007
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CV
Expositions :
Galeries Zedes (Bruxelles) 2005, Monos (Liège) 2005, La Louve (Léglise) 2006 , Beukhenof-Phénix (Kluisbergen) 2007, et centres culturels de Bastogne, 2004 et Elzenhof (Bruxelles) 2006. Ancien Collège des Jésuites, (exposition Autour du Grand Jeu), Reims, 2004.
Publications :
Textes :
L’espèce amicale (dessins et poèmes) Fata Morgana, 2006.
L’imprenable, texte et reproductions de dessins dans la revue Sorgue n°5, 2005.
L’Ecrouloir, d’après un dessin d’Antonin Artaud, éditions Corlevour, juin 2008.
Au risque de l’Art, (collectif) entretien avec le psychiatre Thierry Delcourt, L’âge d’homme 2007.
Le tambour pectoral, texte consacré à Roger Gilbert Lecomte, catalogue de l’exposition Autour du Grand Jeu, 2004.
Article consacré aux poèmes d’André Gaillard, Aujourd’hui Poèmes (mars 2005)
Choix de poèmes publiés dans la rubrique « poèmes inédits d’aujourd’hui pour demain » journal Aujourd’hui Poème octobre 2005.
Dessins :
21 dessins accompagnant le n°11 de la revue Nunc consacrée à Tarkovski, 2006.
Trois dessins accompagnant : Guillevic, l’errance questionnante d’Olivier Penot Lacassagne éditions du Clou dans le Fer, 2004.
Frontispice du Réel d’à côté de Charles Dobzynski, éditions L’Amourier, 2006.
Textes publiés sur le travail de Nicolas Rozier
-L’homme de Rozier, par Marcel Moreau, texte consacré aux dessins et peintures revue Nunc n°11.
-Article consacré aux poèmes et dessins de l’Espèce amicale, Charles Dobzynski, Aujourd’hui Poèmes.
Contactez
l'artiste
Nicolas ROZIER
rue du Londeau 21
5575 Gedinne / Belgique
E-mail: rozier_nicolas@yahoo.fr gsm: +32(0)475 477 162
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"bastions" 2007 mine de plomb sur papier steinbach 300 gr 73x55 cm




 acrylique sur toile 70x70 cm 2007
 acrylique sur toile 114x146 cm 2007
 acrylique sur toile 120x150 cm 2007
 acrylique sur toile 92x73 cm 2007
 acrylique sur toile 80x60 cm 2007
 acrylique sur toile 150x120 cm 2006
 acrylique sur toile 80x60 cm 2007
 acrylique sur papier 42x29,7 cm 2007
 acrylique sur papier 42x29,7 cm 2007
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