Photographe  /  Photographer

 

Jos Tontlinger

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Texte d’un confrère norvégien qui a synthétisé un long échange que nous avons eu au sujet de la photographie

Je suis né en 1959. Je vis et travaille à Bruxelles depuis 1980. Photographe de formation, je suis diplômé de l'ICADI à Liège et suis passé par le « 75 » à Bruxelles. J’ai travaillé durant une quinzaine d’années dans le domaine de la production audiovisuelle. Ensuite j’ai pris un tournant radical dans ma vie et me suis formé comme psychanalyste (ECF/ACF) ; activité que j’exerce encore aujourd’hui. Depuis 2009 je reviens à la photographie. La psychanalyse et la photographie co-habitent. De nombreuses jonctions s'y opèrent et traitent de la condition et de la nature humaine dans toutes ses dimensions et nuances.  

 

L’ironie désigne un décalage entre le discours et la réalité, entre deux réalités ou plus généralement entre deux perspectives qui produit de l'incongruité.

Définie ainsi, l’ironie concerne couramment les échanges verbaux entre personnes, mais par extension n’y verrait-on pas aussi le rapport entre l’individu et son environnement par exemple ; environnement qui, en se montrant à la personne lui « parle » par image interposée. L’ironie de cette « monstration » pouvant être produite par le fait que ce qui est vu ou montré diffère de ce qui est signifié. L’ironie est un discours non-littéral permettant ainsi à exprimer simultanément plusieurs significations, mais ce qui distingue l’ironie de l’ambivalence ou de la moquerie, c’est peut-être le fait que le réel à l’état brut ne saurait être qu’ironique puisque échappant à toute symbolisation et devant donc se montrer autrement qu’il ne l’est, devant se trouver d’autres représentants. Le Réel semble pouvoir être le prototype même de l’ironie.

Dans ce sens, l’ironie est un fil conducteur de mes travaux photographiques et cherche à traduire cela. Ce qui est montré, tout aussi réaliste ou banal que cela apparaisse, n’est pas l’objet vu, mais le paysage intérieur qu’il signifie. L’environnement urbain est multiple, intérieur et concentrique ramenant à l’individu qui le regarde. Ces paysages urbains et ironiques ne sont finalement que des portraits humains qui décrivent les individus non pas en vision directe mais à travers ce qui est façonné par lui et ce avec quoi il est en interaction. L’ironie est là sans doute aussi : rien ne signifie en soi, mais seulement par une interprétation de celui qui y est attentif. L’ironie semble propice à donner accès à d’autres paysages que ceux que l’on croit voir.

Mes images privilégient les basses lumières, les profondeurs visuelles, les géométries rigoureuses, l’ouverture des espaces, un dépouillement et une déconstruction du mouvement afin de proposer un autre temps de lecture et plus ralenti, un réalisme sans fard ni transformations pour y prêter attention à l’ordinaire pouvant parfois être perçu de laid ou même d’hostile de prime abord, mais pouvant ensuite se découvrir dans un registre profondément humain et finalement pacifiant.

Bruxelles est une ville relativement petite, mais c’est comme si elle avait une face totalement inconnue et cachée par ses habitants mêmes et que j’explore systématiquement. C’est aussi comme si je photographiais mes obsessions. Tous ces bâtiments en ruine où mystérieux, je les regarde encore de l’extérieur, de l’espace où ils sont posés, sans oser, pour l’instant, en affronter les entrailles. Et pourtant, ce qui j’y vois aussi, ce sont les habitants de ces lieux dépeuplés en apparence, mais pas inhabités pour autant. A travers leurs traces, ce sont leurs portraits indirects finalement. J’avoue une grande tendresse pour l’Humain et issue d’une certaine ironie faisant vivre ce décalage perpétuel entre l’objet montré et l’objet regardé, entre les murs et les murmures de ceux qui sont de l’autre côté de ces murs.

Ce qui insiste également comme signifiant pour moi, c’est « espace » et « géométrie ». J’essaye de faire un chemin inverse de certaines habitudes. L’objet premier de mes images est généralement d’une très grande banalité, ordinaire et se trouvant de manière évidente sous nos yeux. A partir de là, en organisant l’objet dans un espace, dans une lumière apte à faire relecture - certes de mes propres états d’âme, mais aussi de ceux qui y posent leur regard à eux -, l’objet en question se redimensionne. Les Sujets de ces images de prime abord vides, déshumanisées en apparence, seraient alors ceux qui les regardent et s’en disent quelque chose.

La ville s’impose à moi et c’est elle qui en a pris l’initiative, me happe. Ces paysages urbains sont simplement attirants. Ce sont eux qui dictent la conduite, invitent à ce qu’on s’accroche à eux, guettent peut-être quelqu’un qui, contre toute attente, voudra bien s’y arrêter un peu et les regarder là où d’autres regards s’en détournent. Mais non, il n’y a ni laideur, ni désespoir, ni désolation. C’est juste ainsi et peut-être y a-t-il une tentative de sublimation. Après tout, ces lieux aussi on droit à leur gratification, droit au regard de l’Autre.

Quelques principes de base que je n’ai pas crées mais qui sont venus à moi, sont actuellement valables et permanents. Bien sur, ce sont à la fois les objets premiers, tels par exemple une brique en avant plan, un bâtiment ou un ciel qui m’accrochent au moment de la prise de vue, mais ce ne sont pas pour autant eux que je veux montrer. Je ne fais que m’en servir pour organiser un espace de manière à ce qu’il trouve sa forme autonome, devienne encore un autre « objet », un autre lieu. Le traitement privilégiant par exemple les basses lumière mais aussi l'absence de flou est dans la même logique : ces lumières ne valent pas pour elles-mêmes, mais en ce qu’elles me permettent de construire autre chose. Et cet « autre-chose » serait ce qui échappe à la symbolisation, ne peut se dire, mais marquant sa présence, ne pouvant être représenté que indirectement. Pourrait-on évoquer une « oscillation » pouvant traduire ce fil sur lequel l’ensemble ainsi restructuré cherche son équilibre incertain ? Etre toujours à la limite, à la périphérie entre le visible et l’invisible, le champ et le hors-champs, la forme et le fond, la géométrie et le chaos.

Finalement, je ne fais rien d’autre qu’en séance : écouter et valider ce que l’autre a à dire de soi et ce qui se perd si souvent dans des déserts d’inattention et d’indifférence où Narcisse est sacrifié. En cure on peut avoir l’impression de dire et d’entendre des banalités, des propos anodins. Et pourtant, en disant ces choses à haute voix, en les exportant en quelque sorte du champ de la pensée intérieure en les exposant dans un vide intermédiaire pour ensuite se les réapproprier, ne vise-t-on pas à donner un sens à l’insensé apparent ?
 

 

 

Tirage papier, généralement en format 24/36 cm et éventuellement sur cadre 30/40 cm. Possibilité autres formats. Chaque tirage étant limité à 20 exemplaires à partir d’un même original et chacun étant numéroté et signé. La facture faisant office de certification.

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2010
série / Automne

série / Hiver

© Jos Tontlinger 

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